THEATRE DU PUZZLE

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Livre / "Debout les morts" de Fred Vargas

« Debout les morts » de Fred Vargas
 
Editions Viviane Henry (1995) - Editions J’ai Lu (2000) - 283 pages
 
 
 
Debout les morts - Fred Vargas.jpg
 
 
Un arbre étrangement planté dans un jardin face à une vieille maison qu’on appelle « La Barraque Pourrie ».
Un hêtre comme un être qu’on pourrait y cacher.
Une ancienne cantatrice inquiète dont l’histoire et le passé ressurgissent avec cet arbre inconnu.
Trois historiens sans le sou et un peu braques, accompagné d’un oncle, vieux flic ripou.
Voilà, le décor est planté… comme le tronc feuillu.
 
 
 
De l’arbre, le hêtre, aux morts, les êtres, la toile se tisse imperceptiblement, trouvant dans l’humeur vagabonde et obstinée des historiens une respiration faussement légère qui fait écho aux débats acharnés sur la préhistoire, le Moyen-âge et la Grande Guerre de 14-18.
Tout un voisinage se retrouve mêlé à cette enquête un peu particulière, presque sans mort, au moins sans corps identifiable.
 
 
 
Tout s’explore comme une recherche historique, presqu’ « universitaire », mais avec humour et beaucoup de dérision, souvent même de l’autodérision.
Le lecteur devient vite l’intime de cette petite communauté de quartier qui cherche à protéger ses membres de la terrible vérité qui éclatera un jour ou l’autre.
 
 
 
Entre les sans-le-sou (les historiens un peu fêlés, au moins à la pensée décousue) et les artistes d’un glorieux passé, se nouent des liens d’amitié, d’amour peut-être, de fantasmes sans doute, qui font de cette enquête une histoire singulière et fortement marqué d’humanité. Tous les protagonistes de ce récit sont attachants, attachiants aussi, peut-être parfois un peu caractériels, ce qui en fait des personnages à l’humour décalé et souvent involontaire.
 
 
 
L’histoire est prenante dans ce Paris proche de la Place d’Italie et du métro Maison Blanche.
Les morts d’autrefois refont surface, donnant aux morts d’aujourd’hui une autre lumière.
Alors « Debout les morts » ! Vous avez des choses à nous dire, à n’en pas douter.
Oui, la mort peut être bavarde, même en silence, ce silence qui dit souvent beaucoup plus que mille mots prononcés. Il suffit de piocher les bonnes réponses au milieu de cet écheveau incongru qui semble se perdre pour mieux être démêlé.
 
 
 
Comme dirait le vieux parrain Vandoosler, cet ancien flic, toujours flic dans l’âme et toujours pourri, parfois il est bon de laisser filer l’animal pour mieux le rattraper. Mieux vaut laisser filer cette histoire pour, à la fin, la rattraper pour son plus grand plaisir.
 
 
 
 
Metropolisson-Janol-Apin-station-de-Metro-Maison-Blanche-à-Paris.jpg
 
 

Extraits
 
 
Page 7
- Pierre, il y a quelque chose qui déraille dans le jardin, dit Sophia.
Elle ouvrit la fenêtre et examina ce bout de terrain qu’elle connaissait herbe par herbe. Ce qu’elle y voyait lui faisait froid dans le dos.
 
 
 
Page 50
Quelle merde. Quelle connerie. Loin, près ? Et elle ? Inutile d’y penser. Pas grave. Aucune importance. L’amour, il en pousse comme on veut, ils se valent tous, il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser. Faux qu’il y en a de mieux que d’autres. Faux.
 
 
 
Page 58
A trois heures du matin, on est indulgent pour les histoires, pour celles qu’on entend comme pour celles qu’on raconte.
 
 
Page 104
- Tu disais toujours que cinq minutes te suffisaient pour voir.
- Eh bien, c’est un peu faux. Quand les gens s’appuient sur une histoire triste, ça empêche de bien voir. Et en ce qui la concerne, si tu veux mon avis, ça a dû claquer fort. Alors ça brouille la vue, comme une chute d’eau, une cascade de flotte et de désillusions. Je connais le coup de la cascade.
 
 
 
Page 111
Leguennec écarta ses bras courts d’un air navré.
- Le gens veulent des explications, dit-il, et c’est normal, et après ils tournent de l’œil, et c’est normal aussi.
 
 
 
Page 116
Marc s’assit sur la septième marche. Ses pensées se cognaient, s’entassaient ou bien s’écartaient les unes des autres. Comme les plaques de l’écorce terrestre qui s’ingénient à déraper sur le machin glissant et chaud qu’il y a en dessous. Sur le manteau en fusion. C’est terrible cette histoire de plaques qui déconnent dans tous les sens à la surface de le terre. Impossible de tenir en place. La tectonique des plaques, voilà comment ça s’appelle. Eh bien lui, c’était la tectonique des pensées.
 
 
 
Page 134
- Ne jamais dire merde à un flic, Alexandra. Avec moi, aucune importance. Mais lundi, attention. Leguennec ne bougera pas, mais il n’aimera pas. Ne lui dites pas merde. De toute façon, on ne dit pas merde à un Breton, C’est le Breton qui dit merde. C’est une loi.
 
 
Page 140
(…) De toute façon, j’étais déjà dans la merde.
- Nous aussi, dit Marc. Mais il y a une différence entre être dans la merde et être cuit. Dans un cas, on glisse mais dans l’autre on brûle. Ce n’est pas du tout la même chose.
 
 
 
Page 180
- « La connerie militaire et l’immensité des flots sont les deux seules choses qui puissent donner une idée de l’infini », dit Mathias.
 
 
 
Page 224
Sa mémoire était bien faite et généreuse et elle lui gardait tout, cette idiote, y compris les broutilles et les souvenirs de désespoir.
 
 
 
Page 233
- S’il se trompait il y a quinze ans, dit Marc, il pouvait encore se tromper il y a trois jours.
- Sauf, dit Vandoosler, qu’il s’est fait tuer. On ne tue pas quelqu’un qui se trompe. On tue quelque qui trouve.
 

 

 
 
Paris Place d'Itlaie.jpg 
Paris - Place d'Italie

 



24/08/2017
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