THEATRE DU PUZZLE

THEATRE DU PUZZLE

Album / Les Inrockuptibles / 25 ans d'insoumission

LES INROCKUPTIBLES

25 ans d'insoumission

 

 

Album / Les Inrockuptibles / 25 ans d'insoumission

Editions Flammarion / 2011 / 495 pages

 

Tous les magazines ont une histoire, jamais banale, soit un pari un peu fou, soit un créneau de société laissé de côté, soit des considérations financières, soit une passion.

Pourtant certains périodiques ont marqué ou marquent encore de leur empreinte l'histoire du journalisme parce que leur histoire a autant d'importance que les informations qu'ils donnent aux lecteurs. C'est le cas des Inrockuptibles, plus couramment surnommés : "Les Inrocks".

 

Comme son nom l'indique, et comme l'indique le sous-titre du livre, il s'agit d'un magazine culturel insoumis et rebelle. Il est devenu une référence dans la presse spécialisée, autant admiré par sa liberté de ton que haï pour son soit-disant intellectualisme (ce qui reste à prouver).

 

En tous les cas, il fait partie intégrante du paysage médiatique français pour son ouverture à toutes les formes de culture et aux nombreuses facettes de la société, surtout celles dont on parle le moins ou le moins bien.

 

Beaucoup de lecteurs y sont très attachés, aussi pour toutes les nouveautés artistiques et l'accés à des artistes moins connus, voire totalement méconnus pour lesquels on s'aperçoit parfois, quelques années plus tard, qu'ils sont devenus à leur tour des repères dans le monde culturel.

 

Les Inrocks font autant écho à la célèbre émission de France-Inter des années 70-80 : "Les Inrockuptibles" animée par Bernard Lenoir qu'au journal Libération né lui aussi dans à cette époque (1974), autant qu'aux fanzines musicaux qui foisonnaient dans la jeunesse de la fin du XXème siècle.

 

Le format a changé (plus petit), la périodicité aussi (c'est devenu un hebdomadaire), mais le CD qui accompagne le magazine depuis les années 90 est toujours là, comme les airs du temps parfois avec des noms inconnus qui, pour certains, ne le resteront pas très longtemps.

 

 

 

L'aventure a commencé à la fin des années avec un groupe de copains, passionnés de musique, regroupés autour d'une petite radio locale : CVS Versailles. Ils sont fans de rock. c'est l'époque de la New wave anglaise, des Smiths, de Joy Division, de Simple Mind et de U2 et des radios libres.

 

U2 "Sunday Bloody Sunday" Live 1983 / Festival US

 

De la radio, ils passeront au fanzine. Puis le fanzine deviendra un journal bimestriel pour se transformer en hebdomadaire. Il ne sera pas seulement question de musique, mais aussi de littérature, de sociologie, de cinéma, de société. Iggy Pop croise Pierre Bourdieu, Ian Curtis y côtoie les sans-papiers et les homosexuels, Elvis Costello raconte à quelques pages de Michel Rocard.

 

C'est le temps des grandes luttes sociales, des révolutions des moeurs et de la culture. Ce sont les débuts de l'écologie politique et des grands questionnements sur l'avenir de l'humanité dans une société de consommation qui pose de plus en plus question.

 

Les Inrocks seront un véritable succès auprès des lecteurs dans sa forme hebdomadaire.

Démarré sans argent, sans plan médiatique, sans étude de marché, juste avec la croyance de quelques "martiens" passionnés de musique nouvelle, le magazine est un OVNI de la presse.

 

La force des Inrocks, c'est aussi ce qui unit ses créateurs et l'énergie qu'ils mettront à faire progresser le magazine et son contenu sans jamais se diviser comme c'est souvent le cas dans les grandes aventures qui font jaillir les égos. Plus qu'un périodique, c'est une façon de penser la vie qu'ils ont proposé aux lecteurs par amour de la culture dans son lien au monde sans cesse secoué.

 

Comme le dit Bernard Zekri, directeur de la rédaction, la moitié des journalistes ayant travaillé aux Inrocks rejoindront de prestigieuses rédactions comme l'Express, Libération (Nicolas Demorand, l'actuel directeur, a travaillé aux Inrocks), Canal +, Europe 1, Radio-France, France 2. D'autres comme Michka Assayas ou Marc Weitzman sont devenus des romanciers reconnus.

Bernard Zekri conclut :"Les Inrocks inventent un journalisme de rupture."

 

On trouve chez les Inrocks et la musique ce côté rebelle qu'on avait senti dans les années soixante avec les journalistes des Cahiers du Cinéma au temps de la nouvelle vague. Un certain nombre d'entre eux comme François Truffaut se feront un destin remarquable.

 

 

L'album sorti en 2011 aux éditions Flammarion se présente comme une aventure en près de 500 pages et en interviews qui ont marqué chaque période depuis le premier numéro en 1986, temps du "Hand in glove" des Smiths (interview de Michka Assaya) jusqu'en 2001, numéro 798 avec la Côte d'Ivoire dans l'instabilité, puis le groupe d'ados de Manchester Wu Lyf, numéro 810.

D'année en année, pris au hasard des pages, on croisera New Order, REM, Serge Gainsbourg (1987), Marguerite Duras, Hugo Pratt, John Lee Hooker (1990), Portishead, Patrice Chéreau, Maurice Pialat, James Ellroy (1995), Ali Farka touré, Joe Strummer (1999), Jacques tati, Philippe Roth (2002), Martin Scorcesse (2005), Gérard Depardieu (2006), Annie Ernaux, Alain Bashung (2008), Dominique A., Marie N'Daye (2009), Bret Easton Ellis (2010), Anna calvi, Primal Scream (2011).

C'est un grand voyage temporel et spatial en mots et en images, une façon de revisiter le fin du XXème siècle en souvenirs vivants et reboostants.

Un tel voyage pour environ 40 € ? ça ne vaut pas la peine de s'en passer.

 

 

Un des dernières livraisons CD des Inrocks 2011

avec notamment le très dansant "Pumped up Kicks" de Foster The People

 

 "Pumped up Kicks" Foster The People

 


Foster the people au festival des Inrocks -... par Mediapart

 



11/01/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Loisirs créatifs pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 39 autres membres