La Princesse Femme et le Prince Nomade / Pascal Marchand

La Princesse Femme est libre, comme le vent.

Le Prince Nomade est libre, comme le vent.

Ils sont inaccessibles dans ce désert,

Ils y sont invisibles, indicibles, mystérieux poètes des dunes.

Ils s'aiment comme le sable aime les caresses des rafales venues du ciel.

 

 

 

Et les sculptures étranges qui naissent sur ces paysages,

Issues de cet amour hors du temps,

Font vibrer les ardeurs vagabondes

des voyageurs en errance,

Touchent à l'âme, à la mémoire de la chair,

Offrent l'éternité à ceux qui rêvent de délivrance.

La Princesse Femme est libre, comme le vent.

Le Prince Nomade est libre, comme le vent.

Maintes fois, on les a voulus asservis.

Toujours ils ont fui. Toujours ils sont restés incontrôlables.

Leurs corps se confondent

Dans les mouvements fluides de l'eau secrète.

Dans le bleu indéfinissable du ciel.

Dans les courses folles des respirations lointaines.

Leur âme s'échappe

par la moindre velléité de parfum indompté.

Ils sont comme une matière au corps vaporeux

Qui glisse dans le plus petit interstice de seconde

Dans la plus minuscule lézarde,

au creux de l'ordre établi des choses.

On les croit piégés, ils sont déjà ailleurs.

C'est comme ça qu'ils s'aiment.

Leurs corps de chair et de peau

se devinent et se cherchent,

Toujours se trouvent.

Car la Princesse Femme est libre, comme le vent.

Car le Prince Nomade est libre, comme le vent.

 

 

 

 

On peut entendre leurs chants

se mêler aux sables du désert,

A la roche striée,

dans les mouvements souples des palmeraies,

Tant de fois, on a voulu les séparer,

même sans volonté lucide,

Il a suffi qu'ils ferment leurs yeux pour se retrouver,

Même avec quarante citadelles

pour les éloigner l'un de l'autre.

Leurs chants que le vent porte

S'envolent par-delà les barrières des hommes.

Face à la pureté de l'amour,

aucun obstacle ne peut y faire barrage.

La Princesse Femme est libre, comme le vent.

Le Prince Nomade est libre, comme le vent.

Le désert est leur sanctuaire. Leur éternité.

L'inaccessible territoire pour ceux qui se savent prisonniers.

De cette terre de sable et de pierre,

émane le parfum de la Princesse,

Naïma la Belle, comme une ode à la désinvolture,

à l'irrévérence.

Hommes libres en quête d'espérance

peuvent y tendre les yeux.

Par la Princesse Femme, par le Prince Nomade,

Ils y verront un bonheur à trouver, une quête d'absolu,

Un sens inédit à l'existence

que le quotidien du monde a appauvri.

La Princesse Femme est libre, comme le vent.

Le Prince Nomade est libre, comme le vent.

Ils s'aiment de cet amour si grand

Qu'ils ont besoin d'un désert immense pour le laisser vivre,

Pour lui offrir une terre à sa mesure,

Pour lui donner le temps…

 

 

 

Texte introductif distribué aux spectateurs lors du spectacle

"La Femme qui danse sur le sable"

 

 



Article ajouté le 2009-04-20 , consulté 150 fois

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