THEATRE DU PUZZLE

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Livre / "Saint-Germain ou la négociation" de Francis Walder

 

Saint-Germain ou la Négociation - Couverture du livre.jpg

 

SAINT-GERMAIN ou la NEGOCIATION

de Francis Walder

Editions Gallimard – 1958

Collection Folio 1992-2010

186 pages

 

D’abord, il y a le fait historique : lors de l’été 1570, eurent lieu des négociations secrètes entre les représentants de Catherine de Médicis et ceux des huguenots (protestants) pour trouver une solution honorable aux guerres de religion qui faisaient rage en France.

Ces négociations eurent lieu au Château de Saint-Germain-en-Laye, à côté de Paris. Le pouvoir catholique était représenté par Monsieur Henri de Malassise, diplomate chevronné, et le maréchal de Biron, baron et militaire. Les Huguenots avaient envoyé messieurs de Mélynes et d’Ublé.

 

Château de Saint Germain en Laye 03.jpg Château de Saint-Germain-en-Laye

 

L’objectif était de trouver un accord sur un nombre limité de villes à laisser au pouvoir protestant afin d’apaiser le conflit en cours.

C’est sur cet évènement réel de l’histoire de France que Francis Walder a construit en 1958 une trame romanesque, très proche de la réalité de ces négociations secrètes, pour mettre en évidence les finesse et les roueries, les feintes, les faux renoncements, les pièges tendus, bref toutes les astuces des délégués présents dans le but d’obtenir le maximum pour les uns, le minimum pour les autres.

Page après page, le lecteur découvre un monde paradoxal où, derrière des choix ou des manœuvres se joue la vie de milliers de personnes. Ça ressemble à un grand poker menteur où les choses ne se dévoilent qu’au détour d’un mot ou d’une phrase a priori sans importance, et surtout dans les moments où les négociateurs ne sont pas en train de négocier, par exemple lors d’une conversation privée au jardin quand les deux interlocuteurs doivent deviner derrière des phrases ambigües ou des silences évocateurs.

 

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Charles IX, roi de France

 

Francis Walder dresse en fait un tableau de ce qu'est n’importe quelle négociation d’état, même au XXème siècle, même au XXIème. Rien ne se décide d’emblée, rien ne se dit avec franchise. On fait semblant de ménager pour mieux harponner ensuite. On fait semblant de perdre pour mieux gagner. On signifie de fausses lignes rouges à ne pas dépasser en sachant que ce ne sont pas des lignes rouges. Ce que l’autre croit avoir gagné à force de sueur, d’abnégation et de patience, en fait, il l’aurait de toute façon obtenu. C’est une affaire de postures et d‘images, de manipulation, pour montrer qu’aucun ne repart les poches vides.

Ce texte qui a reçu le prix Goncourt en 1958 nous offre un portrait de négociateur par un récit haletant où les passions d’une époque surgissent au fil de mots parfois anodins et de crispations d’individus qui s’interrogent sur leur pouvoir.

En faisant de Monsieur de Malassises le narrateur de cette histoire, le lecteur entre dans ces journées au Château de Saint-Germain comme s’il était lui-même un négociateur. Ainsi, il peut vibrer et ressentir chaque instant au rythme des soubresauts du quotidien de ces journées particulières.

Il s’agit donc d’un roman à mettre dans toutes les mains de personnes qui sont amenées à négocier, y compris dans les milieux socioprofessionnels, car il pose les questions de base des compromis nécessaires. Un texte de haute volée à lire aussi pour ceux qui ne négocieront jamais mais qui ont envie de lire un texte haletant.

 

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Château de Saint-Germain-en-Laye

 

Compléments Wikipédia sur la Paix de Saint-Germain

 

Le traité de paix de Saint-Germain-en-Laye le 8 août 1570 met fin à la troisième des guerres de religion.

Après une troisième guerre entre catholiques et protestants de 1568 à 1570, qui voit la défaite des protestants à Jarnac, l’assassinat de leur chef, le prince de Condé, en 1569 et la nomination d’Henri de Bourbon (futur Henri IV) comme chef des protestants, la paix de Saint-Germain, signée entre le roi Charles IX et l’amiral Gaspard de Coligny accorde aux protestants une liberté limitée de pratiquer leur culte dans les lieux où ils le pratiquaient auparavant ainsi que dans les faubourgs de 24 villes (2 par gouvernement). Il octroie aux protestants quatre places fortes de sûreté La RochelleCognacMontauban et La Charité pour deux ans aux mains des protestants. À l'issue de ces deux ans, elles doivent être rendues mais le culte de la religion réformée continue d'y être autorisé. Le culte est par ailleurs interdit à Paris. L'édit appelle à la tolérance en indiquant qu'aucune différence ne peut être faite pour cause de religion.

De plus, les protestants sont admis aux fonctions publiques et Catherine de Médicis, mère de Charles IX, donne en mariage sa fille Marguerite de Valois à Henri de Navarre. Le traité de paix est signé le 8 août 1570 au château royal de Saint-Germain-en-Laye et enregistré au Parlement le 11 août 1570. Ce traité servira de modèle pour tous les traités suivants jusqu'à l'édit de Nantes. Moins contraignant que les précédents, il est rapidement enregistré par le Parlement. Dans l’esprit du Parlement comme du jeune roi, le souci de l’ordre public prime sur celui de la réunion religieuse : « je penseray avoir beaucoup faict de réduire par ce moyen mesd. subjectz à l’obéissance qu’ils me doibvent ; qui est ung commencement pour après peu à peu les ramener, comme mes aultres subjectz, à la religion catholicque1 ».

Les tensions restent vives cependant, comme l’attestent des incidents survenus à Orange, à Rouen ou à Paris, en 1571. La paix est de courte durée puisque deux ans plus tard a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy qui y met un terme. La paix de Saint-Germain fut appelée « boiteuse et mal assise », par allusion aux deux négociateurs qui représentaient la Cour : Gontaut-Biron, boiteux, et Henri de Mesmes, seigneur de Malassise2.

 

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Jean Rochefort dans le rôle de Henri de Mesmes - version cinéma

 

Extraits

 

Pages 25-26

C'est ainsi que pour lui arracher une décison, il ne fallait pas lui en démontrer l'urgence, mais la conduire à l'apercevoir d'elle-même, de façon qu'elle en prescrive l'exécution comme venantde son propre cru.

 

Page 30

Il est vain, conclut-elle en se levant, de fonder sa politique sur une intransigeance de fait. la rigueur doit viser des principes, non des mesures.

 

Page 40

Chacun ayant donné ce qu'il était d'avance résigné à perdre, refusé ce qu'il avait pour mission de n'accepter à aucun prix, le problème flottant et marginal se pose, des attributions indécises qu'il s'agira de partager. 

 

Page 79

L'entretien en était venu à un point où il aurait fallu, pour continuer, passer de l'allusion voilée à la précision crue - ce qui déplaît au tempérament diplomatique.

 

Page 90

Est-il normal qu'un être humain porte sur ses épaules cinq cent millions de livres minérales ? peut-il respirer s'il tient sur sa poitrine cent mille destinées humaines. 

 

Page 110

Une longue expérience m'avait enseigné que dans tout débat, un avantage considérable enlevé par l'une des parties ne lui reste jamais. 

 

Page 130

Mais ce peu, chacun de nous parvenu à la limite des concessions, veut que ce soit l'autre qui le donne. de sorte qu'un objet infime, qui en réalité n'importe à personne, tient la paix en suspens.

 

Page 168

"Laisser venir l'autre" ne réussit que si l'autre veut bien "venir". Il en va de même de la "résistance inflexible", car si tous deux résistent, on n'aboutit nulle part. 

 

Page 180

la vérité n'est pas le contraire du mensonge, trahir n'est pas le contraire de servir...

 

  

"Saint-Germain ou la Négociation" un film de Gérard Corbiau



06/09/2013
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