THEATRE DU PUZZLE

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Nino en mots

Dans leurs déambulations lors de "Nina et Nino un jour de poudre", aucun des deux personnages ne parle. Oh ! Ils ne sont pas muets. Entre borborygmes et exclamations, ils expriment beaucoup d'émotions. Une sorte de dialogue silencieux mais dont les mots apparaissent clairement dans les yeux des spectateurs.

Nous nous sommes infiltrés, tel un enregistreur miniaturisé, dans la zone de vibrations des cordes vocales de Nino. Et voilà ce que nous avons entendu, ce que vous n'avez pas pu ouir. Pourtant Nino l'a dit...

"La première fois que je suis entré, j'ai vu une forêt de têtes étonnées. A ma grande stupéfaction, quelques enfants se sont mis à pleurer. Je ne voulais pas leur faire peur. Ils étaient encore tous jeunes. Ils n'avaient pas compris que j'étais leur ami (ce qui m'a rassuré, c'est qu'à la fin du spectacle, ils se sont approchés plus près. Un ou deux se sont même installés à côté de moi). Mais la quasi-totalité des enfants est resté sur place et m'a regardé comme si je venais d'une autre planète. J'avais d'un côté de grands yeux pétillants et de l'autre un ciel scintillant rempli de nuages d'où perlaient des étoiles comme des échelles entre la terre et les nues.  

Je serais bien resté ainsi un très long moment, mais Nina (à ce moment, je ne savais pas encore qu'elle s'appelait Nina), elle est arrivée d'un coup. Et ce qu'elle faisait me plaisait. Alors j'ai voulu voir. C'est vrai, je suis très curieux. J'adore le monde qui bouge. C'est comme le vent qui fait vivre chaque élément qu'il touche ou qu'il caresse. Sans que je le veuille vraiment, les yeux se tournent vers ces mondes en mouvement, qu'ils soient animal, humain ou végétal. C'est pour ça que j'ai regardé Nina. Et j'ai eu bien raison. Car, quand on est deux à virevolter, les mathématiques en perdent leur latin (ou leur arabe, car les maths sont d'origine arabe). Un Nino plus une Nina ne font pas deux personnages, mais des centaines de petits mondes étonnants, drôles et émouvants, joyeux et sautillants, nostalgiques parfois, mais toujours pleins d'espoir. J'aime les surprises et Nina aussi. Et nous nous surprenons chacun de ces petites fantaisies qui font les jours heureux, même quand des minutes ou des heures quelquefois laissent un goût amer. Alors je cours et je me réjouis de cette vie qui passe, où je reste enfant, non pas par inconscience de la réalité du monde, bien au contraire, par le regard affuté qui sait voir en l'autre celui qui pourrait m'accompagner, que je pourrais accompagner parce qu'il est humain comme moi. Foi de Nino, qu'est-ce que c'est bien de rencontrer une Nina !"

Ces propos, nous avons voulu les transcrire dans des paroles que Nino ne dira jamais. Lui, tout comme Nina, ils n'ont que leurs corps et leurs yeux pour les exprimer. La prochaine fois que vous les verrez, Nina et Nino, regardez-les bien, ils utilisent même parfois du vocabulaire inconnu que vous comprendrez mieux que des mots courants. Il vous suffira d'être présent dans les secondes qu'ils vous offrent, car ils donnent aux enfants dans des actes gratuits, sans redevance et sans enjeu. C'est cela, ils jouent à vivre comme ils vivent de jouer. Ils prennent le temps d'exister...

 


Découvrez Didier Lockwood!


22/12/2008
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