THEATRE DU PUZZLE

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Jack London le Vagabond Magnifique / Yves Simon

 

Jack London le vagadond magnifique

de Yves Simon

 

Editions Destins Mengès / 2009

 

 

De par sa forme et son intention, il s'agit bien là d'une biographie, celle de Jack London. Pourtant, à y regarder de plus près, il s'agit d'un ouvrage d'écrivain, Yves Simon. Le titre lui-même fait écho à son superbe roman "Le Voyageur Magnifique", comme si Yves Simon avait trouvé en Jack London le double véridique de son héros romanesque. Ne dit-il pas en page 11 : "Jack London fut l'auteur du roman de sa vie, l'acteur de sa légende, l'écrivain du chef d'oeuvre que fut son existence."

 

Le biographe de l'écrivain écrit la biographie comme un écrivain. A ne plus savoir parfois, si on se trouve dans une fiction ou dans la réalité. Sans doute cela est-il dû au talent de Yves Simon, mais aussi à la singularité de la vie de Jack London qui s'est nourri de son expérience d'aventurier et de vagabond (parmi les hobos, pauvres ou sans papiers de la fin 19ème - début 20ème siècle).

 

 

"L'appel de la forêt", "Croc-Blanc" et l'ensemble des 50 romans écrits par Jack London dans sa courte existence (mort à 40 ans) prennent plus de sens par le récit de sa vie. Une vie d'engagement et de recherche de sens, de recherche d'enfance jamais vécue, de monde adulte violent que Jack London a dû intégrer par la force des choses. Avec ce paradoxe foudroyant qui fait que sa vie de galère a donné naissance à une oeuvre d'une extrême richesse et d'une grande puissance, au-delà de ses livres les plus connus. D'ailleurs le livre d'Yves Simon commence par une citation de Gilles Deleuze : "Il y a des vies où les difficultés touchent au prodige".

Cela correspond parfaitement à Jack London dont les choix de vie par quête de sens et par nécessité ont frôlé souvent les limites fragiles entre la vie et la mort.

 

On comprend pourquoi son oeuvre qui a été lue de par le monde a envoyé sur les chemins une quantité innombrable de routards, pourquoi ses livres ont illuminé l'existence de millions de gens, avec parmi les plus célèbres Che Guevara, Léon Trotsky ou Vladimir Lénine.

 

Dans son livre "La Route", qui préfigure celui de Jack Kerouac dans les années de la Beat Generation "Sur la route", Jack London écrit : "J'aimerais mieux être une superbe météore, chacun de mes atomes irradiant d'un magnifique éclat, plutôt qu'une planète endormie. La fonction propre de l'homme est de vivre , non d'exister."

 

Les conditions sociales aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle, alliées aux grands mouvements de pensée politique comme le socialisme et le marxisme ont influencé Jack London dans sa compréhension du monde, dans son écriture. "La critique s'accordera à dire que London fut le créaeur de la littérature prolétarienne aux Etats-Unis".  

 

Cette biographie écrite par Yves Simon est magnifique comme le vagabond London, complétée par un port-folio de toute beauté. De nombreuses photos sont aussi insérées dans le livre. Cela donne un ouvrage qu'il fait bon tenir dans ses mains comme un petit trésor et une porte vers le grand monde.

 

 

Extraits :

 

(Page 10)

Il crut (...) que son stylo serait "une machine à tuer les fascistes", une arme contre les inégalités, un paravent à toute forme de pouvoir pour ceux qui n'en avaient aucun.

 

(Page 25)

Les romans lui apprennent qu'Oakland n'est que le "début du monde", le portique par lequel il faudra un jour s'engouffrer pour tout connaître du grand large, des continents, des océans.  

 

(Page 41)

Mais la baie d'Oakland est décidément trop étroite pour ses rêves et il en a assez de ses beuveries, des policiers et des voyous : c'est le monde qu'il veut (...) Il ne le sait pas encore : ses couleurs, sensations, paysages, dialogues qu'il va rencontrer seront un jour le trésor dans lequel il puisera une cinquantaine de romans que des millions d'inconnus de par le monde liront, pour, à leur tour, s'enorgueillir de traverser les miroirs.

 

(Page 48)

"J'ignorais tout des femmes car, jusqu'alors, j'avais été trop préoccupé à devenir un homme."

 

(Page 61)

Il acquiert à dix-neuf ans une conscience politique à laquelle, peut-être, le succès aidant, il n'aurait jamais eu accès.

 

(Page 64)

Il comprend qu'il y a quelque chose de défectueux dans un système économique qui prend aux individus leurs plus belles années de leur vie pour les abandonner ensuite. Et ce, sans états d'âme.

 

(Page 86)

(...) Grand Nord canadien (...) Il va surtout faire la découverte d'une étrangeté absolue : un lieu où la loi des hommes est encore soumise à l'implacable volonté du monde sauvage.

 

(Page 89)

Auprès des indiens, il découvre des secrets qui dépassent les mots : l'art d'accepter la mort en s'en remettant aux lois inflexibles de la nature.

 

(Page 129)

"Je ne perdrai pas mes jours à essayer de prolonger ma vie, je veux brûler tout le temps."

 

Jack London enfant en train de lire

 

 

 



12/04/2010
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