THEATRE DU PUZZLE

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Livre / "En route vers l'ouest" de Jim Harrison

 

EN ROUTE VERS L'OUEST

de Jim Harrison

Editions 10-18 Domaine étranger

368 pages / 2001

Titre original : "Westward Ho"

Traduit de l'américain par Brice Matthieussent

 

Ce livre de Jim Harrison est composé de trois nouvelles d'environ 120 pages chacune, en fait de petits romans réunis ici par la cohérence de leur thématique : les personnages en rupture de ban, les vagabonds qui développent un art d'une autre forme de vie, déglinguée souvent, mais toujours avec un lien à l'essentiel et à la pensée nécessaire.

 

Dans "En route vers l'ouest", la première de ces nouvelles, nous voici accompagnant Chien Brun, un indien plutôt solitaire des grands lacs,  qui se retrouve à courir après une peau d'ours, sacrée pour lui, qu'on lui a dérobée. Ainsi, son road-movie tragicomique va le mener à Los Angeles, mégalopole du fric, du cinéma, des apparences et des coups bas. Comme Jim Harrison l'auteur, un peu son alter-égo, c'est un épicurien décalé, un poète qui s'ignore et un jouisseur de la vie.

 

Dans cette Amérique des paumés, on rencontre des personnages sordides, assoiffés par l'argent,le sexe et le pouvoir (cela rappelle "Suite(s) Impériale(s)" de Bret Easton Ellis), mais aussi des déjantés, imprévisibles dont le seul temps qui se maîtrise est celui du jour qui vient.

Lien vers l'article "Suite(s) Impériale(s)" : Bret Easton Ellis

 

L'écriture de Jim Harrison est crue, directe. Un chat est un chat. Un sexe est un sexe. Car, dans ce monde, le sexe y compte aussi bien entendu une grande place. Avec cette prose vivante et imagée, le texte est souvent limpide et drôle, même si on sent toujours en latence les drames d'un monde où l'injustice est reine et où la mort n'est jamais loin.

 

C'est dans ce même esprit que, dans "La Bête que Dieu oublia d'inventer", on se retrouve sur les rives du lac Supérieur pour une "enquête" autour de la mort d'un certain Joe Lacort, encore un esquinté à l'esprit libre, dans une nature sauvage où la connaissance n'est pas seulement livresque mais surtout sensitive.

 

C'est clair, Jim Harrison est un romancier à l'écriture fluide, magistrale et décapante dans une forme de pragmatisme très cru, un poète, un novéliste et un "gourmand vagabond". Il apparaît clairement comme un véritable héritier de la Beat Generation. Jack Kerouac n'est pas très loin.

 

Un auteur à découvrir absolument...

 

 Jim Harrison

 

Extraits

 

Pages 9 et 10

Lorsque C.B. enfant était déprimé ou renfermé, son grand-père lui disait volontiers :"Garde la tête bien bien droite, petit. Nous finirons tous en étrons de vers."

 

Page 16

Il s'interrogea distraitement sur le manque d'ordre d'un Dieu qui avait inventé tant d'espèces différentes, avant de décider que c'était précisément ce désordre qui accordait à la nature toute sa beauté.

 

Page 21

Chien Brun souffrait d'un handicap supplémentaire : il vivait en-dessous du seuil de pauvreté et une place de cinéma coûtait le même prix que cinq bières à la taverne de Frank.

 

Page 23

Qui dort à la belle étoile sait que ce sommeil est sans commune mesure avec le coma d'animal en hibernation que tant d'humains semblent exiger de la nuit.

 

Page 35

Certes, de nombreuses pancartes indiquaient "Camping Interdit", mais le monde s'était rempli de pancartes similaires interdisant ceci ou cela ; pour éviter l'étouffement, mieux valait les ignorer.

 

Page 42

Presque tous nos films porno souffrent de notre fétichisme collectif du nichon. Si seulement l'argent gaspillé à cause de cette obsession du nichon allait aux cinq millions d'enfants américains qui, tous les soirs, se couchent le ventre vide...

 

Page 45

...néanmoins, il se retourna plusieurs fois pour regarder la fille dont la taille diminuait au loin, sans se soucier de l'avis de Nietzsche pour qui, lorsqu'on regarde trop longtemps l'abîme, celui-ci "vous rend votre regard".

 

Page 53

Tu t'en prends volontiers à Shelley, ton ancienne chérie anthropologue, qui t'aurait fait quitter le droit chemin, mais elle n'y est pour rien, c'est ton zizi qui t'a fait quitter le droit chemin. Zizis et vagins sont au coeur du grand mystère de la vie. Ils constituent notre gloire et notre malédiction.

 

Page 60

En ce sens, vous ne pénétrez pas dans les bois, ce sont les bois qui pénétrent en vous.

 

Page 68

"Tu gardes un de pognon dans tes poches de pantalon. Comme elles se trouvent tout près de ton zizi, personne ne peut aller y fourrer la main. C'est une zone très sensible...

 

Page 80

- Pourquoi aurait-on envie de rester dans les mémoires ? demanda C.B. Nous serons tous la pâture des vers.

 

Pages 85-86

Le présent était suffissamment difficile à négocier pour qu'on ait à se soucier de l'avenir par-dessus le marché. D'ailleurs, C.B. avait remarqué que l'avenir arrivait quotidiennement et sans le moindre effort.

 

Page 104

"Je connais bien Lloyd Bental, se vanta Sandrine qui réussit à attirer aussitôt leur attention. Je lui ai vidangé les burnes un certain nombre de fois. Mais je ne veux pas baiser avec lui, parce qu'il n'est pas une star, seulement un metteur en scène."

 

Page 105

Il était très effrayant de faire l'amour à une ourse même en rêve, d'autant que les gigantesques ours mâles faisaient ressembler Mike Tyson à Mary Poppins.

 

Page 107

Ella avait le jean aux genoux et il lui caressait les fesses pendant qu'elle tirait un peu rudement sur le zizi chippewa, comme pour faire démarrer un vieux moteur de hors-bord.

 

Page 125

... une culture qui gâche temps et argent à acquérir non seulement un abri, le couvert et le vêtement, mais, dans une confusion écoeurante, tout un superflu devenu nécessaire.

 

Page 126

- Oui, j'oublie parfois qui je suis, mon identité ne m'intéresse plus beaucoup.

 

Page 127

Dés qu'un sinistre crétin commence une phrase par :"Mon courtier en bourse...", je tourne aussitôt les talons.

 

Page 134

Rien ne tourmente davantage un vieux chnoque que la pensée d'une vie non vécue.

 

Page 136

Roberto m'a alors envoyé un livre sur le cerveau, que j'ai trouvé à peu près illisible. Je ne parvenais tout bonnement pas à croire que "cette chose" se trouvait dans ma tête.

 

Page 137

Je suis très las d'être un vieux grognon et je commence à me demander si cette identité n'est pas tout simplement un produit culturel comme les autres.

 

Page 148

Mais la loi, bien sûr, est la loi. Les règles sont les règles. La merde aussi est la merde. la plaie fondamentale du gouvernement est de ne jamais faire volontairement la part de l'intention et du motif.

 

Page 152

J'ai pensé qu'on avait beaucoup de mal à reconnaître la part immense de notre vie consacrée à de monstrueuses conneries.

 

Page 157

Il ne faut pas confondre ce rituel avec le nouvel emploi américain du mot "guérison", où l'on croit guérir les désastres humains les plus terrifiants avant que le sang n'ait séché sur le trottoir.

 

Page 158

Il avait perdu son intelligence fonctionnelle, ou du moins cette partie si prisée dans notre société , et qui se définit par l'aptitude à gagner de l'argent.

 

Page 160

Il y a beaucoup de cris dans les médias en général, mais dans la vie réelle on a rarement l'occasion d'en entendre un vrai.

 

 Jim Harrison

 



09/09/2012
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