THEATRE DU PUZZLE

THEATRE DU PUZZLE

L'homme à l'affût / Julio Cortazar

Charlie Parker Summertime

 

 

L'Homme à l'Affût

de Julio Cortazar

Ed Gallimard Folio

(1963 pour la traduction française)

traduit de l'espagnol par Laure Guille-Bataillon

tiré du recueil de nouvelles "Les Armes Secrètes"

94 pages

 

Charlie Parker 1951 

 

 

Ce très beau livre de Julio Cortazar, tiré de son recueil "Les Armes Secrètes" paru en 1693 (traduction française) est un vibrant hommage au saxophoniste Charlie Parker. Les parallèles entres Johnny Carter, le musicien de cette histoire et son double réel Charlie Parker sont clairs et évidents. Création musicale fulgurante, déchéance dans l'alcool et la drogue, et cette vie intercontinentale entre l'Europe et l'Amérique avec ses boîtes de jazz et les rencontres avec les grands musiciens comme Miles Davis.

D'un lieu mythique de la musique aux hôtels miteux, en passant par les studios d'enregistrement comme celui de Baltimore, Johnny Carter détruit peu à peu sa vie, encombrée de délires paranoïaques et d'obsessions sur le temps qui passe. Il noit son angoisse dans des improvisations vertigineuses au saxophone et, pour ne pas revenir dans la réalité crue, prolonge cet "au-delà" créateur dans l'alcool et la marijuana.

Bruno, le narrateur de cette histoire, l'écrivain, le critique musical, l'ami de Johnny, l'accompagne souvent. Il raconte cette dérive inéluctable.

 

Charlie Parker

 

Le texte de Julio Cortazar est bouleversant, troublant aussi tant la recherche impossible du musicien confronte nos réalités d'hommes ordinaires. C'est une quête sur l'identité, sur le sens d'une vie, rythmée ici par les rêves et les cauchemars, dont certains reviennent comme des vagues, hanter l'esprit qui cherche  l'espérance dans la musique. Ane plus savoir où se situe le réel et l'irréel.

Bruno, l'ami, dit de Johnny qu'il "n'est pas le poursuivi, mais le poursuivant, tout ce qui lui arrive  dans la vie sont les malchances du chasseur et non de l'animal traqué".

Hier, aujourd'hui, demain se mêlent à en perdre les repères. Johnny Carter répète à l'envi dans ses moments de délire : "ça, je l'ai déjà joué demain."

La magie de l'écriture de Julio Cortazar c'est de faire entendre le saxophone dans les mots imprimés en noir et blanc.

Noir et Blanc.

 

Charlie Parker

 

Comme les notes sur une partition que le saxophoniste n'utilise pas. Il joue comme ça, comme une musique venue de ses anges à lui, mais ceux de ce "bon Dieu qui lui reste sur l'estomac".

En une phrase, Carter dit l'essentiel : "Bruno, le jazz ce n'est pas uniquement de la musique, et moi je ne suis pas uniquement Johnny Carter."

Ce qu'il est alors ? La réponse est dans ce qu'il ne dit pas, ce qu'il ne peut pas dire, et qui n'est perceptible que par sa musique quand elle s'envole vers les contrées inconnues. Un mystère fabuleux qui ne s'approche que par les oreilles. Notre âme doit bien savoir quelque chose de cela, mais les mots sont trop petits pour pouvoir l'exprimer.

Pourtant les mots de Julio Cortazar disent avec puissance l'indicible. Bienvenue dans le monde de Johnny Carter, alias Charlie Parker.

 

Charlie Parker Recorded Live at the Howard Theater, Washington, DC October 18, 1952

 

 

 

Interview parue sur le site Culture jazz

 


. C.J. : "L’homme à l’affût" (publié avec quatre autres nouvelles réunies sous le titre "Les armes    secrètes" en 1959) est une longue histoire dans laquelle le personnage principal, quelques moments de son existence, sa mort, ont été inspiré par la vie et l’œuvre de Charlie Parker ; la première    épigraphe ne laisse aucun doute ; pourquoi cette nouvelle qui n’est pas dans le même esprit « fantastique » que les autres histoires du livre ?
 
- J.C. : C’est une belle question pour moi, et je crois qu’elle mérite une réponse un peu développée;    j’imagine que vous qui connaissez mon œuvre mieux que moi, j’ai tendance à l’oublier, vous vous êtes aperçu que "L’ homme à l’affût" est un peu une petite "Marelle"; c’est un prélude à "Marelle";    dans les deux cas, le personnage central est un homme qui n’est pas un génie, c’est un homme assez médiocre, aux moyens limités, mais qui possédé par une espèce d’anxiété, d’angoisse, de    recherche de métaphysique; il veut crever les portes de l’au-delà; c’est le cas de Johnny Carter et d’Oliveira ; je n’aurais pas pu écrire ce roman si je n’avais pas écrit cette nouvelle    auparavant; quand j’ai écrit "L’homme à l’affût" j’étais dans une impasse à cause d’un problème qui me hantait : chaque fois que j’imaginais le personnage je tombais dans le système de Thomas    Mann qui s’est toujours choisi des héros intellectuels de haut niveau comme dans "La montagne magique" ou "Doktor Faustus" par exemple; ce sont des hommes qui réfléchissent comme des génies avec    des problèmes métaphysiques; mon problème était tout autre, il était celui de montrer un homme de la rue, un homme tout à fait moyen mais qui avait en lui cette soif d’absolu; je ne trouvais pas    mon personnage, j’avais pensé imaginer un peintre, un écrivain, cela ne me plaisait pas.
A ce moment je venais de découvrir Charlie Parker dont les premiers disques 78 tours arrivaient en Argentine;    je l’aimais énormément alors qu’il était haï et banni par les amateurs de traditionnel; j’étais dérouté au début mais après plusieurs écoutes je me suis aperçu que c’était un génie; je quittai    l’Argentine en 1951; quand j’arrivai à Paris je ne savais rien de lui malgré l’image que j’en avais car je ne l’ai jamais vu; un jour en lisant un numéro de Jazz-Hot, j’ai pris connaissance de sa    mort et de sa biographie; j’ai trouvé un homme angoissé tout au long de sa vie, non seulement par des problèmes matériels, celui de la drogue, mais par ce que j’avais cru ressentir dans sa    musique, ce désir de rompre les barrières comme s’il cherchait autre chose, aller de l’autre côté et je me suis dit : c’est lui, mon personnage, c’est lui que je cherchais; je ne pouvais pas    écrire son nom, je n’en avais pas vraiment le droit, j’ai fait un clin d’œil au lecteur dans la dédicace; j’ai changé le nom mais une bonne partie des anecdotes se sont passées réellement,    l’histoire du Café de Flore quand il s’est agenouillé devant la table, quand il a mis le feu à un hôtel, cela est vrai; cela se passait à New York bien sûr, pas à Paris; j’ai donc pris les    données biographiques, j’ai mis l’action à Paris que je connais bien alors que je connais mal New York… et la nouvelle était lancée….

. C.J. : Il y a une phrase que vous lui faites dire : « ce solo-là, je l’ai déjà joué demain    » .
 
- J.C. : Je ne saurai jamais comment j’ai pu écrire cela parce que j’écris la plupart de mes nouvelles dans    une espèce d’état second, j’ai un peu honte de les signer ; je signe volontiers mes romans, c’est plus travaillé, plus pensé bien qu’il y ait des moments où je pars dans l’inconnu, cela se    remarque très souvent, mais dans les nouvelles tout arrive en bloc, comme cela, je ne connais même pas la fin  je ne connaissais pas la fin de celle-ci, cela s’est fait par soi-même, en    route; je ne sais pas pourquoi et comment j’ai écrit cette phrase mais je crois qu’elle correspond très bien à l’angoisse de Parker parce qu’il y a chez lui une lutte contre le temps; il y a cet    épisode où il se rend compte de l’abolition du temps ordinaire, où il découvre dans le métro, en voyageant, que pendant une minute et demi il a eu des pensées qui prendraient un quart d’heure,    ceci m’est arrivé personnellement; je suis fasciné par le métro, pour moi c’est un lieur de passage, de passage dans un sens très métaphysique; les ponts, les tramways, les autobus et surtout le    métro qui est en dessous me hantent, c’est une relation avec les enfers au sens grec du passage…

 

 

Montage d'images avec la voix de Julio Cortazar



12/08/2011
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